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Couture japonaise : la fin d’une mode ?

Il faut bien se rendre à l’évidence. On parle beaucoup moins de couture japonaise qu’il y a, disons, 5 ans.Mieux, on s’autorise ouvertement à la critiquer. Si ces livres restent des valeurs sûres pour les enfants et les femmes menues, qui y trouvent des vêtements féminins et adaptés à leur frêle morphologie, les autres semblent s’écarter doucement, mais sûrement des créations nipponnes. Trop peu ajustés, trop amples, ou tout bêtement, trop simples, les patrons du Soleil Levant accumulent désormais les critiques. Mais que s’est il passé ? Pourquoi ce soudain désamour ?

Une simplicité qui faisait défaut

A leur apparition sur les blogs francophones, les patrons japonais apparaissent comme une révélation. Il est vrai que ces livres apportent un réel vent de fraîcheur dans le paysage couturesque de l’époque, alors dominé par Burda et les patrons « big four ». Leurs photos dépeignent une atmosphère calme et romantique qui se détache du côté fashion et anonyme des patrons habituels. Un choix qui se ressent également du côté des tissus utilisés, légers, à motifs, aux couleurs pastels et accompagnés de touches de Liberty.

Au-delà de ces choix purement esthétiques, la construction de ces livres tranche également avec les livres de modèles alors publiés en France : chaque étape est abondamment illustrée et annotée de façon claire, ce qui élimine presque totalement la barrière de la langue. Comme les modèles sont globalement d’une construction simple, sans trop de détails de finition, ce sont des exercices parfaits pour les débutantes qui peuvent alors se faire plaisir sans trop suer… L’antithèse d’un Burda aux explications tordues et aux modèles pas toujours aussi simples que la légende peut le faire croire. Les Japonais utilisant comme nous le système métrique, il n’en fallait pas plus pour que la tendance soit lancée et emporte la blogosphère entière.

L’herbe est-elle plus verte chez les nippons ?

Au commencement, ces livres de patrons n’existaient qu’en japonais. Coudre japonais, ça se méritait un peu : il fallait écumer Ebay ou avoir la chance d’avoir une librairie japonaise près de chez soi. Et comme tout au Japon, ce n’était pas donné. En cousant japonais, on se démarquait donc de la masse, on créait quelque chose de différent tout en ayant la sensation d’appartenir à une communauté. Mon petit doigt (qui a parfois tort, si si) me dit que ces livres sont devenus beaucoup moins attirants dès lors qu’ils sont devenus très faciles à se procurer. Il faut dire que les éditeurs, flairant le bon filon, ont fini par s’engouffrer dans la brèche comme on exploite un gisement de pétrole. En quelques mois, les librairies ont été inondées de livres made in Japan, suivis par des magazines qui en ont fait leur spécialité (Coudre c’est facile) ou carrément surfent sur la vague sans se cacher (Couture Japonaise). Forcément, même en étant fan, difficile de suivre lorsque 2-3 livres sortent tous les mois.

Le retour des coupes ajustées et d’un style plus féminin

Une autre donnée est à ajouter à tout cela, c’est la montée en puissance des patrons indépendants. S’ils se comptaient sur les doigts d’une main il y a 5 ans, les marques notamment francophones se sont multipliées et il est devenu presque impossible de les citer tous sans en oublier. Mais bien que leur parti-pris soit différent, l’influence de la couture japonaise se fait sentir dans l’importance accordée aux schémas et à la qualité des explications. Une plus-value apportée par une génération de couturières qui se sont torturé les neurones sur le langage Burda (mais quand réagiront-ils?) et ont compris l’importance de l’esthétique dans l’attractivité d’un patron. (Sujet dont nous aurons l’occasion de reparler, car là aussi, il y a de quoi dire…)

De plus, ces marques ont contré le principal défaut des patrons japonais à savoir le fameux « effet mongolfière » ™ . Mignonne sur des mensurations de femme-enfant, l’absence de pinces ou de taille marquée est proprement un crime sur une femme qui a des formes. Les patrons indépendants ont tiré parti de cette faiblesse et l’ont exploitée, créant des patrons très féminins qui remportent un énorme succès.

Pour finir là-dessus, il faut aussi souligner que la simplicité des patrons japonais est à la fois leur force et leur faiblesse. S’ils sont ultra-accessibles aux débutantes, ils frustrent rapidement la couturière expérimentée. Certes, celle-ci peut s’amuser à ajouter des finitions ++ sur les modèles. Mais la tentation d’aller voir ailleurs s’impose vite et les patrons indépendants sont une bonne alternative pour qui veut du challenge. Etant donné que la mode « Do-It-yourself » date de quelques années, on peut supposer que les nouvelles couturières ont dépassé ce stade.

Bienvenue chez les addicts

Pour finir sur une note positive, non la couture japonaise n’est pas morte ! Le blog des addicts reste toujours actif, certaines femmes peuvent être très jolies dans ces modèles : il faut juste accepter que ce ne soit pas forcément bon pour tout le monde. De plus, et même si j’en ai très peu parlé dans cet article, leurs livres pour enfants, pas concernés par les questions qui entourent le seyant des modèles adultes, font partie des incontournables du genre. Si vous avez des petits à habiller maison, il serait dommage de s’en priver.

Livres japonais de référence

Petite liste non exhaustive de livres qui ont fait les beaux jours du blog des addicts.

Couture adulte :

Couture enfant :

Et plein d’autres à découvrir sur le blog des japan addicts ou encore le site des Editions de Saxe (qui n’est pas la seule maison d’édition à en proposer, mais qui en édite quand même une bonne partie ainsi que les magazines Coudre c’est Facile. En plus, on peut les feuilleter).

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